• L'antique cithare

       

     

    Il y avait dans la salle du Trésor impérial une cithare antique que plus personne n'osait toucher depuis longtemps. La légende raconte qu'elle fut jadis taillée dans le bois de l'arbre Kiri qui fut, en des temps immémoriaux, le roi de la forêt de Loungmen. L'esprit de l'arbre était puissant et l'instrument farouche, difficile à apprivoiser. Rares étaient les musiciens qui parvenaient à l'accorder, plus rares encore ceux qui pouvaient en tirer des sons mélodieux. 

    Un empereur se mit en tête de se choisir un nouveau maître de musique en recourant à la cithare qu'il fit exhumer de la salle aux trésors. Il voulait savoir s'il existait quelqu'un dont l'art avait encore une once de magie ou si pareil talent n'était plus que légende d'antan. Il fit annoncer dans tout l'empire les termes du concours.

    Les musiciens de la Cour se soumirent à l'épreuve. Ils ne tirèrent de l'instrument que grincements, et crissements. Les quelques maîtres de musique venus des quatre horizons de l'empire n'apportèrent pas plus de bonheur à l'assistance.

    Vint alors le tour d'un musicien errant, l'un de ces baladins en guenilles qui jouaient pour les oiseaux des pinèdes, les poissons des torrents et les pèlerins dans la cour des temples. Il prit la cithare, caressa longuement la caisse de résonance comme s'il cherchait à apprivoiser un cheval rétif. D'une main, il fit vibrer chaque corde en l'effleurant, de l'autre l'accorda avec le sourire intérieur de l'amant qui contemple sa bien-aimée.

    Une mélodie monta doucement, des vagues de notes cristallines s'élevèrent et s'évanouirent comme le flux et le reflux des flots sur la berge. La cithare égrena ses dernières notes qui résonnèrent longtemps sous la charpente. Puis elles se fondirent peu à peu dans la vibration du silence, devenue alors étonnamment présente. Après un temps qui parut une éternité, la voix de l'empereur fit sortir l'assistance de son étrange engourdissement:

    - Félicitations. Vous avez réussi là où tous ont échoué. Vous serez mon maître de musique. Dites-nous votre nom et d'où vous tenez le secret de votre art.Le musicien errant esquissa un timide soupire et dit:

    - Mon nom est Peïwoh, Majesté. A mon humble avis, les autres ont échoué car ils voulaient faire entendre leur propre musique. Quant à moi, j'ai laissé la cithare chanter les thèmes de son choix. Et je serais incapable de dire si c'est Peïwoh qui joua de la cithare ou la cithare qui joua du Peïwoh. Grâce à cet instrument divin, je suis allé jusqu'au bout de mon rêve de musicien et je n'en ai plus besoin. C'était mon seul but en venant ici.

      


  • Commentaires

    1
    Mercredi 2 Janvier 2013 à 19:44

    uelle leçon de sagesse !

    se laisser guider sans résister

    cordialement

    daniel

    2
    Dimanche 20 Janvier 2013 à 05:10

    Lol, oui, c'est cela la musique, laisser le monde jouer par son instrument ...

    Bien à toi

    Miche

    3
    marlene04 Profil de marlene04
    Dimanche 20 Janvier 2013 à 20:07

    Merci  Daniel pour tes mots...Plus que quelques jours et je reviens sur la toile.


    A bientôt

    4
    marlene04 Profil de marlene04
    Dimanche 20 Janvier 2013 à 20:08

    Cela fait plaisir  de voir que les beaux textes plaisent encore...


    Amicalement

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